Anonyme | Gavroche | 13/10/2017
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Escapade à une heure de Bangkok : Phi Suea Samout

Si cette promenade est bien connue des Bangkokois du dimanche, qui aiment à s’y retrouver pour échapper quelques heures à l’étouffement de leur ville, elle n’est que bien peu connue des expatriés. Et c’est dommage car son intérêt historique est capital pour qui s’intéresse à l’histoire du pays, principalement pour les Français qui y retrouveront les sites de l’important moment de l’histoire commune du Siam et de la France qu’a été la journée du 13 juillet 1893 et dont Gavroche a retracé les faits dans son numéro de juillet.

La grande avenue Suksawat qui longe la rive droite du Chao Phraya en descendant vers le sud, finit en cul-de-sac, au bord de la rivière. Devant, un groupe de bâtiments jaunâtres où se cache l’escalier qui monte à la passerelle métallique pour piétons, et qui mène à l’île de Phi Suea Samout. 


L’esplanade du fort avec à droite les trois canons Armstrong

Notre première visite est pour le Wat Chedi Pak Nam. Pour tous les voyageurs d’autrefois qui venaient visiter le Siam, après le passage de la barre, la vue était féérique : « la pyramide blanche se découpant sur un fond de verdure et reflétant son pied dans le miroir des eaux calmes, est d’un effet vraiment grandiose et saisissant », écrivait déjà Lucien Fournereau en 1891. 


Le site est superbe, et tous les éléments constitutifs du temple traditionnel thaïlandais sont là. La construction est datée de 1823, sous le règne du roi Rama II. L’ubosot, le bâtiment qui abrite les statues du Bouddha, est éclatant de blancheur. Sous le porche d’entrée, se trouve une très ancienne cloche de bronze, et de chaque côté de la nef, des portes de bois aux jolies peintures de personnages des épopées hindoues. Derrière le temple, se dresse le chedi entouré à sa base d’une frise de petits éléphants et une grande sala de style européen, bâtiment de réception de huit pièces. L’ensemble avec ses pelouses et ses arbres est d’une grande élégance. 


Il faut monter deux étages pour rejoindre la passerelle métallique moderne qui joint la rive à la petite île de Phi Seua Samout, île militaire où se trouve le premier fort. Son nom thaï de « papillon » fait référence à la forme de l’île. Du haut de la passerelle, on profite d’une belle vue sur le temple. Au loin, vers le fleuve, on distingue des objets noirs accrochés à la cime des arbres : ce sont des dizaines d’énormes chauves-souris, noires et fauves, à la tête de renard mais qui ne sont que des fructivores bien inoffensives. Des passerelles de ciment circulent à travers une étonnante végétation de mangrove. L’odeur de la vase est forte car la marée se fait déjà sentir ici. Partout, sur la surface, s’agite tout un monde de petits poissons marcheurs aux yeux globuleux... Ce sont des poissons amphibies, de la famille des Gobiidés et dont le nom savant est périophtalme, car leurs yeux leur permettent de voir dans toutes les directions. On passerait des heures à regarder le manège du petit poisson mâle, hargneux, tapi dans sa toute petite mare et qui bondit sur l’intrus dès qu’un autre s’approche. Par contre, s’il s’agit d’une femelle, alors là, il faut admirer sa parade nuptiale, toutes nageoires sorties.


L’ancien mouilleur de mines HTMS Mae Klong, aujourd’hui transformé en musée


Au bout de la passerelle, c’est l’arrivée au fort militaire, qui se trouve à l’extrêmité sud de l’île. A gauche, les bâtiments où loge la petite garnison de vingt marins. La visite commencera par un petit musée où l’on présente un film retraçant les évenements du 13 juillet 1893. On remarque dans une vitrine des briques portant des inscriptions britanniques, sûrement importées d’Europe. L’entrée dans le fort proprement dit se fait à travers une porte voûtée construite en briques : les noires sont anglaises et les rouges locales. On passe ensuite entre deux rangées de magasins qui renfermaient la poudre et les obus. De grandes manches à air dépassent des toits bas pour aérer les cellules borgnes. Puis l’on débouche sur une vaste cour arrondie, d’où l’on aperçoit déjà les trois puits où sont installés trois énormes canons Armstrong de 152 mm. Ils sont datés de 1884 et ont étés achetés en Angleterre sur l’ordre du roi Chulalongkorn, qui souhaitait moderniser les défenses de sa capitale. Ils ont été installés au printemps de l’année1893, ce qui peut expliquer le manque de pratique qu’en avaient leurs serveurs lors de l’intrusion des navires français. Un système ingénieux « à éclipse » leur permettait de se soulever de leur puits pour tirer, puis de redescendre se terrer au fond du puits de maçonnerie. les Thaïlandais les appellent « Peun Seua Mob » ou « le canon qui se tapi comme le tigre guettant sa proie ». 


Sur le côté gauche, vers le fleuve, on remarque un grand bâtiment de ciment, plus récent. Il s’agit d’un immense hangar où étaient stockées les torpilles et les munitions des navires militaires en visite et qui remontaient vers la ville. Ils ne récupéraient leurs charges guerrières qu’à leur retour. A l’intérieur, un curieux petit abri, accueille des tenues féminines, robes, souliers, ceintures : une inscription explique que ce sanctuaire est dédié à l’ancienne figure féminine de proue en bois qui est placée dans un coin du bâtiment, et qui a été trouvée par hasard il y a quelques années dans la boue du fleuve. Selon la croyance locale, elle décorait la proue d’un antique navire indien, le Paravadi.


Le grand fort du sud


Après avoir quitté l’île des papillons, il faut reprendre la route qui mène vers le sud de l’estuaire pendant huit kilomètres. On peut admirer le spectacle de mangroves et de canaux qui coupent une route toute droite. Les pêcheurs sont nombreux sur les ponts à dos d’âne. Puis c’est l’arrivé à un barrage militaire où le chauffeur doit laisser un papier d’identité : nous entrons dans le domaine de la Marine royale thaïlandaise. 


Toujours à travers les forêts de palmiers d’eau et de mangroves, une belle route conduit à l’immense espace où se trouve le grand fort du sud. Au milieu, se dresse une imposante statue du roi Chulalongkorn, revêtu de son uniforme de grand chef de la Marine royale. Sous la statue, inaugurée en 1992, un très intéressant musée présente de précieuses images du conflit franco-thaïlandais de 1893 et une série de maquettes de tous les navires ayant participé au combat. Une jolie maquette explique également le fonctionnement du canon Armstrong à éclipse. 


Car ce sont eux les vedettes du lieu : sept gros Armstrongs, tapis dans leurs puits de maçonnerie. On les rejoint à travers un couloir souterrain bien éclairé. De chaque côté, s’ouvrent, là encore, les soutes à poudre et à munitions. Dans une alvéole, on remarque un obus de 50 kg. Il fallait deux serveurs pour le présenter devant la culasse. Après la découverte des canons qu’une peinture gris foncé rend encore plus menaçants, un petit escalier monte juqu’au poste de guet, d’où les marins surveillaient l’arrivée des bateaux ennemis. En 1999, les canons tirèrent pour la dernière fois, pour marquer le 105ème anniversaire du fort et sa restauration. 

Le ubosot, le chedi, et la sala

Une surprenante coursive sépare les postes de tir des bâtiments où logeaient les artilleurs. Pour sans doute éviter que les murailles ne s’écroulent sous la violence des tirs, des poutrelles métalliques de 5 mètres de long forment un toit ajouré. 


Une fois sorti du fort, on se dirige vers la rive du fleuve où repose l’immense bateau de guerre HTMS Mae Klong. Déclassé après 60 ans de service, l’ancien mouilleur de mines, construit au Japon, a été ancré pour toujours le long du fort et transformé en musée. Sa visite est passionnante, à travers les coursives, les cabines, le poste de commandement, les tourelles, et en se perdant dans les étroites cuisines et les descentes sportives de périlleuses échelles. Sur le côté nord du fort, on découvre d’abord un musée en plein air de l’artillerie de marine. On peut y remarquer un très vieux canon en fonte du début du XVIIIe siècle, venu de la fonderie de Ruelle en Charente, mais aussi le kiosque du premier sous-marin thaïlandais, le Matchanou. Des singes se poursuivent à travers la mangrove proche et grimpent sur les canons, à peine effrayés par les gardiens. 


Plus loin, sur la gauche, tout un réseau de passerelles en bois zigzaguent à travers la mangrove, rejoignant le fleuve et permettant d’observer toute une faune aquatique, d’aigrettes blanches, de palmipèdes, tous prêts à se jeter sur les étranges gobis qui rampent et pullulent sur la vase. Là encore, les macaques sont nombreux et un panneau rappelle au visiteur de les laisser tranquille car ils ont un très mauvais caractère et deviennent vite agressifs...


Au bord du fleuve, un grand restaurant a été aménagé par la Marine. Les fruits de mer d’une grande fraîcheur, les prix raisonnables et surtout l’air marin vivifiant en font un endroit de rendez-vous fort prisé des Bangkokois qui viennent s’y régaler de crabes et de dorades. 


Le fort de Phlaeng Faï Fa à Phra Padaeng


La chaleur trop forte de l’après-midi annonce le retour vers la ville. Pour ceux que l’histoire passionne, un dernier arrêt sur la route du retour leur permettra de visiter le petit fort de Phlaeng Faï Fa. Après avoir remonté la grande avenue Suksawat jusqu’à Phra Padaeng, il faut tourner à droite, vers le fleuve, et entrer dans le centre-ville. En longeant le fleuve, après le poste de police on trouve à droite, entre l’école et le marché, le petit fort de Phlaeng Faï Fa. Là encore, on remarque les fortifications de briques rouges datant de 1893, quand le roi Chulalongkorn fit remettre en état cette redoute militaire qui datait du règne de Rama II. L’ensemble est calme, désert et est aujourd’hui aménagé en jardin public. Le porche d’entrée est souvent barré par les caisses de plastique des vendeurs du marché. Une rampe permet de rejoindre le haut des murailles qui surplombaient autrefois le fleuve. Deux anciens canons de marine, rouillés et muets, montent encore la garde.


Il est certainement réconfortant de constater que, même si cette histoire ancienne ne semble plus trop intéresser les Bangkokois, au moins les sites sont respectés et cette promenade du sud et ces témoins d’une histoire commune d’il y a 124 ans, à seulement une heure de la grande ville, gardent, pour les Français, un grand intérêt historique. Les attractions diverses, la nature de l’estuaire, les poissons qui marchent et la visite du bateau de guerre suffisent à satisfaire tous les intérêts. 


Un seul regret toutefois : les marées montantes et descendantes, ainsi que le Chao Phaya descendant du nord, charient des masses de détritus en plastique qui viennent se déposer sur les rives boueuses du fleuve. Les ramasser représenterait sans doute un énorme travail, mais leur présence gâche certainement l’agrément des visites. Dommage

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